Utilisation de la méthode EBIOS : de l’organisation projet aux composants du SMSI (Système de Management de la Sécurité de l’Information)
Philippe TOURRON
Direction Opérationnelle des Systèmes d'Information/Université de la Méditerranée
27, bd Jean-Moulin, campus santé 13005 Marseille
Matthieu GRALL
Secrétariat Général de la Défense Nationale/Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information
51 boulevard de La Tour-Maubourg 75700 Paris 07
Résumé
Mener une étude de risques SSI1 et au delà gérer les risques, amène à se poser la question du choix d'une démarche et d'une méthode. L'investissement nécessaire à l'emploi de méthodes, la difficulté de la gestion de projet associée et la dimension transversale de la SSI augmentent les interrogations sur l'adaptation d'une méthode comme EBIOS2 et l'assimilation des normes ISO3 en SSI (ISO 270004). Pour apporter des éléments concrets de réponses, nous présentons l'intérêt de la méthode EBIOS pour son approche métiers des besoins SSI et son évolution ISO 27005 vers une simplification de l'identification des risques par les événements redoutés. Pour illustrer son utilisation dans nos contextes Universitaires nous analysons deux modes d'usage : en analyse de risques pour une UFR et en production de PSSI5 pour un établissement. Identifier les impacts sur l'activité et les enjeux mais aussi définir le périmètre et la maille des biens informationnels et supports sont des étapes majeures pour la réussite de l'analyse de risques. La gestion de projet associée est à adapter en fonction de freins et des leviers différents. Des compléments à la méthode sont utiles, notamment pour recueillir les besoins et choisir les mailles, mais aussi mesurer l'effet des mesures. La gestion de risque n'étant pas isolée de l'organisation des Systèmes d'Information (SI), son intégration assez naturelle à une démarche comme ITIL6 permet d'identifier les points de liaison et notamment l'animation du traditionnel PDCA7 d'amélioration continue par la revue d'incidents, les demandes de services, la gestion des changements et l'analyse des tableaux de bord de SSI. Cette intégration permet alors d'initier un système de management de la sécurité en cohérence avec l'ISO 27001.
Mots clefs
ssi, ebios, smsi, analyse de risques, gestion des risques, sécurité, iso 27001, iso 27005
Nous présentons l'évolution de la méthode EBIOS et un retour d’expérience sur des études de risques menées à l'aide de cette méthode à deux niveaux : UFR8 et Université. Nous présenterons la gestion et les étapes de chaque projet. Nous aborderons dans un premier temps l'approche SSI par l'analyse de risques, en détaillant l'apport méthodologique d'EBIOS 27005.Puis dans un deuxième temps nous décrirons le déroulement de deux projets (une analyse de risques d'UFR et un projet de PSSI d'Université), leurs modes d'usage de la méthode EBIOS, les adaptations apportées et leurs liens avec des projets permettant de faire vivre la SSI tant sur l'organisation (projet ITIL) que sur la mise en place d'indicateurs nécessaires à la surveillance et à la communication SSI (projet tableau de bord SSI). Enfin, nous mettrons en perspective ces expériences pour identifier les évolutions possibles vers la mise en place d'un SMSI dans notre contexte Universitaire.
La méthode EBIOS permet d'apprécier et de traiter les risques. Elle fournit également tous les éléments nécessaires à la communication au sein de l'organisme et vis-à-vis de ses partenaires, ainsi qu'à la validation du traitement des risques. Elle constitue de ce fait un outil complet de gestion des risques. EBIOS permet aussi de fiabiliser et d'optimiser la prise de décision. En effet, c'est un outil de négociation, d'arbitrage et de sensibilisation, il est compatible avec les normes internationales et dispose d'un référentiel complet et d'une expérience éprouvée avec de nombreux utilisateurs. L'association Club EBIOS réunit régulièrement la communauté d'experts et d'utilisateurs soucieux de contribuer au développement de la méthode et de disposer des dernières informations à son sujet. Une méthode est nécessaire pour appréhender la complexité. L'adoption de démarches et d’outils de prise de décision rationnelle et de gestion de la complexité apparaît aujourd'hui comme une condition nécessaire à la sécurité de l'information. Il convient pour cela d'utiliser des approches de gestion des risques structurées, éprouvées, tout en prenant garde aux illusions de scientificité et à la manipulation de chiffres, offertes par de nombreuses méthodes. D'une manière générale, une approche méthodologique permet de : disposer d'éléments de langage communs, disposer d'une démarche claire et structurée à respecter, se baser sur un référentiel validé par l'expérience, s'assurer d'une exhaustivité des actions à entreprendre, réutiliser la même approche en amélioration continue y compris sur d'autres périmètres…
À l'heure actuelle, les principes communs de la gestion des risques se retrouvent dans les normes internationales (notamment l'[ISO Guide 73], l'[ISO 31000] et l'[ISO 27005]).
En matière de gestion des risques de sécurité de l'information, une approche méthodologique permet également de :
établir le contexte en prenant en compte ses spécificités (contexte interne et externe, enjeux, contraintes, métriques…) ;
apprécier les risques (les identifier au travers des événements redoutés et des scénarios de menaces, les estimer et les évaluer) ;
traiter les risques (choisir les options de traitement à l'aide d'objectifs de sécurité, déterminer des mesures de sécurité appropriées et les mettre en œuvre) ;
valider le traitement des risques (valider formellement le plan de traitement des risques et les risques résiduels) ;
communiquer sur les risques (obtenir les informations nécessaires, présenter les résultats, obtenir des décisions et faire appliquer les mesures de sécurité) ;
suivre les risques (veiller à ce que les retours d'expériences et les évolutions du contexte soient prises en compte dans le cadre de gestion des risques, les risques appréciés et les mesures de sécurité).
La norme internationale [ISO 27005] définit un cadre commun pour gérer les risques de sécurité de l'information. Elle présente ainsi les principes qui ont fait l'objet d'un consensus international. De ce fait, il ne s'agit évidemment pas d'une méthode directement applicable. Elle décrit le processus de gestion du risque en sécurité de l’information et pour chacune des activités de ce processus, les productions à réaliser mais pour appliquer ces principes et produire les livrables attendus, l'emploi d'une méthode est indispensable. L'évolution d'EBIOS en EBIOS 27005 permet aujourd'hui de gérer les risques conformément à l'[ISO 27005], tout en bénéficiant des nombreux avantages d'EBIOS.
L'ANSSI et le Club EBIOS ont fait évoluer la méthode afin de prendre en compte les nombreux retours d'expériences, et de faire converger les concepts vers les normes internationales relatives au système de management de la sécurité de l'information et à la gestion des risques ([ISO 27001], [ISO 27005], [ISO Guide 73] et [ISO 31000]). Les principes restent les mêmes, mais l'application de la méthode a été largement optimisée pour une meilleure compréhension et une meilleure application.
Pratiquement, la dernière évolution de la méthode EBIOS a consisté à :
faire converger le vocabulaire vers les normes internationales :
le risque est un scénario, avec un niveau donné, combinant un événement redouté et un ou plusieurs scénarios de menaces ; son niveau correspond à l'estimation de sa vraisemblance et de sa gravité ;
l'événement redouté est un scénario générique représentant une situation crainte par l'organisme ; il s'exprime par la combinaison des sources de menaces susceptibles d'en être à l'origine (précédemment appelées "éléments menaçants"), d'un bien essentiel9 (précédemment appelé "élément essentiel"), d'un critère de sécurité, du besoin de sécurité concerné et des impacts potentiels ;
le scénario de menace (précédemment appelé "menace") est un scénario, avec un niveau donné, décrivant des modes opératoires ; il combine les sources de menaces susceptibles d'en être à l'origine (précédemment appelées "éléments menaçants"), un bien support (précédemment appelé "entité"), un critère de sécurité, des menaces (précédemment appelées "méthodes d'attaques") et les vulnérabilités exploitables pour qu'elles se réalisent ;
la gravité est l'estimation de la hauteur des effets d'un événement redouté ou d'un risque ; elle représente ses conséquences ;
la vraisemblance (précédemment appelée "opportunité") est l'estimation de la possibilité qu'un événement redouté, un scénario de menace ou un risque, se produise ; elle représente sa force d'occurrence ;
l'objectif de sécurité est l'expression de la décision de traiter un risque selon des modalités prescrites ; on distingue notamment la réduction, le transfert (partage des pertes), le refus (changements structurels pour éviter une situation à risque) et la prise de risque ;
la mesure de sécurité (précédemment appelée "exigence de sécurité") est le moyen de traiter un risque de sécurité de l'information ; la nature et le niveau de détail de la description d'une mesure de sécurité peuvent être très variables ;
regrouper les guides d'utilisation[1] précédemment intitulés Présentation, Démarche et Techniques en un seul guide méthodologique, simplifier les activités difficiles à mettre en œuvre et les compléter pour gérer efficacement les risques ;
regrouper les guides d'utilisation précédemment intitulés bases de connaissances pour l'appréciation des risques et bases de connaissances pour le traitement des risques en un seul guide de bases de connaissances et réviser son contenu :
restructurer les types de biens supports , les menaces, les vulnérabilités et les mesures de sécurité,
ajouter les types de sources de menaces et d'impacts ;
mettre en évidence les avantages, les parties prenantes, les actions de communication et concertation, et les actions de surveillance et revue dans les descriptions des activités ;
La boîte à outils d'EBIOS est toujours découpée en cinq modules décrits sur la Figure 1 :
La démarche est dite itérative. En effet, il sera fait plusieurs fois appel à chaque module afin d'en améliorer progressivement le contenu. La démarche globale reprenant les cinq modules sera également affinée et tenue à jour de manière continue.
À l'issue du premier module, qui s'inscrit dans l'établissement du contexte, le cadre de la gestion des risques, les métriques et le sujet de l'étude sont parfaitement connus ; les biens essentiels, les biens supports sur lesquels ils reposent et les paramètres à prendre en compte dans le traitement des risques sont identifiés.
Les évolutions ont essentiellement consisté à :
ajouter la définition du cadre de la gestion des risques (vision projet, étude des sources de menaces…);
assouplir l'étude du contexte et la lier davantage aux processus métiers;
regrouper toutes les métriques au sein d'une même activité;
mettre en évidence l'identification des sources de menaces et des mesures de sécurité existantes.
Le second module contribue à l'appréciation des risques. Il permet d'identifier et d'estimer les besoins de sécurité des biens essentiels (en termes de disponibilité, d'intégrité, de confidentialité…), ainsi que tous les impacts (sur les missions, sur la sécurité des personnes, financiers, juridiques, sur l'image, sur l'environnement, sur les tiers et autres…) en cas de non respect de ces besoins et les sources de menaces (humaines, environnementales, internes, externes, accidentelles, délibérées…) susceptibles d'en être à l'origine, ce qui permet de formuler les événements redoutés.
Les évolutions ont essentiellement consisté à :
exprimer les besoins selon les processus métiers ;
développer l'analyse des impacts ;
lier les sources de menaces afin de disposer d'événements redoutés complets au sein du même module ;
ajouter l'estimation et l'évaluation des événements redoutés.
Le troisième module s'inscrit aussi dans le cadre de l'appréciation des risques. Il consiste à identifier et estimer les scénarios qui peuvent engendrer les événements redoutés, et ainsi composer des risques. Pour ce faire, sont étudiées les menaces que les sources de menaces peuvent générer et les vulnérabilités exploitables.
Les évolutions ont essentiellement consisté à :
étudier les scénarios de menaces par bien support et non plus par vulnérabilité ;
lier les sources de menaces afin de disposer de scénarios de menaces complets au sein du même module ;
ajouter l'estimation et l'évaluation des scénarios de menaces.
Le quatrième module met en évidence les risques pesant sur l'organisme en confrontant les événements redoutés aux scénarios de menaces. Il décrit également comment estimer et évaluer ces risques, et enfin comment identifier les objectifs de sécurité qu'il faudra atteindre pour les traiter.
Les évolutions ont essentiellement consisté à :
mettre en évidence l'appréciation des risques ;
hiérarchiser les risques de manière explicite ;
changer la forme des objectifs de sécurité (notions de réduction, transfert, refus, prise de risques).
Le cinquième et dernier module s'inscrit dans le cadre du traitement des risques. Il explique comment spécifier les mesures de sécurité à mettre en œuvre, comment planifier la mise en œuvre de ces mesures et comment valider le traitement des risques et les risques résiduels.
Les évolutions ont essentiellement consisté à ajouter explicitement les notions de défense en profondeur, de risques résiduels, de déclaration d'applicabilité (déclaration documentée des objectifs de sécurité et des mesures appropriées et applicables), de plan d'action et de validation.
Les études réalisées à l'aide d'EBIOSv2 n'ont évidemment pas à être refaites. Il est toujours possible de les tenir à jour.
Pour ceux qui souhaitent passer d'EBIOSv2 à EBIOS 27005, il convient d'une part de changer la terminologie (ex : "sources de menaces" plutôt que "élément menaçant") et d'autre part d'adapter les activités employées dans la boîte à outils d'EBIOS. Si besoin, de nouvelles activités d'EBIOS 27005 peuvent également améliorer la démarche.
Les principales adaptations nécessaires sont les suivantes :
dans le module 1 :
regrouper les paramètres à prendre en compte (contraintes, hypothèses, références applicables…) et les métriques (échelles de besoins, échelle de vraisemblance…),
déplacer l'étude des sources de menaces dans le module 1,
identifier explicitement les mesures de sécurité existantes, déterminer sur quels biens supports elles reposent et à quelles lignes de défense (prévention, protection, récupération) elles contribuent ;
dans le module 2 :
compléter l'étude des événements redoutés par les sources de menaces susceptibles d'en être à l'origine et par les mesures de sécurité existantes,
estimer les événements redoutés (par paire bien essentiel / critère de sécurité) en termes de vraisemblance et de gravité ;
dans le module 3 :
revoir l'étude des scénarios de menaces en employant les nouvelles bases de connaissances de menaces et de vulnérabilités,
compléter l'étude des scénarios de menaces par les mesures de sécurité existantes,
revoir l'estimation des scénarios de menaces (par paire bien support / critère de sécurité) en termes de vraisemblance ;
dans le module 4 :
revoir l'appréciation des risques en conséquence des changements effectués,
revoir l'identification des objectifs de sécurité en introduisant les options de traitement (éviter, réduire, prendre, transférer),
dans le module 5 :
revoir la détermination des mesures de sécurité en conséquence des changements effectués,
veiller à bien identifier sur quels biens supports elles reposent et à quelles lignes de défense (prévention, protection, récupération) elles contribuent ;
optimiser les mesures de sécurité pour chaque bien support.
Une première étude EBIOS à été réalisée en 2006 sur l’UFR de Médecine de l’Université de la Méditerranée. Elle avait pour objectif d’identifier les risques SSI et de prioriser les projets et les évolutions du SI de manière « éclairée ». Un plan d’action a pu être établi et la classification des risques permet aujourd’hui de guider les choix (architecture technique et applicative, organisation, indicateurs…). Cette analyse a été le point de départ d’une suite logique de projets au sein de l’UFR et de l’Université. Ainsi ces deux niveaux avancent de manières complémentaires, le niveau UFR étant un levier et un champ d’expertise pour le niveau Établissement.
Pourquoi ? Ce premier projet a été initié pour une aide à la décision en terme de choix d'investissement, pour argumenter un schéma directeur informatique intégrant la SSI d'UFR mais aussi pour arbitrer des choix au delà des budgets informatiques traditionnels : courant secouru, sécurité des locaux, communication/formation, ...
Pour quelle production ? Nous souhaitions produire, par une analyse des risques, une hiérarchie des risques à traiter et une liste de mesures associées organisées en plan d'actions correspondant à la stratégie de traitement choisie par la direction.
Comment ? Pour être guidé dans cette démarche nous avons étudié les méthodes et outils de préférence libres dans ce domaines. Nous avons réalisé une première analyse rapide de type audit interne orientée maîtrise d'œuvre (100 questions sur les mesures en place selon l'[ISO 17799]) qui nous a permis d'identifier nos axes de progrès et de convaincre la direction d'aller plus loin dans l'analyse de risques. En cohérence avec notre besoin d'analyse détaillée et avec les incitations de notre ministère nous avons ensuite mené une analyse avec la méthode EBIOS v2. Après une formation du chef de projet à la méthode EBIOS, nous avons constitué un groupe de travail composé de six personnes représentatives de nos périmètres (enseignement, recherche,gestion). Ce groupe de travail n'a pas été formé à la pratique de la méthode EBIOS mais la démarche en cinq étapes ainsi que les notions clefs (critères, éléments essentiels et entités) ont été expliquées. Trois séances de travail ont permis de recueillir : les événements redoutés (approche de type brainstorming autour de la notion de risque) et les besoins en sécurité (orientés mesures au regard des événement redoutés identifiés : que faudrait-il faire pour empêcher qu'ils arrivent ou diminuer leurs impacts ?). Une équipe projet SSI (deux personnes au sein du service informatique) a été constituée pour mener l'analyse de risques à partir de ces recueils et les compléter avec des interviews ponctuelles et des validations. L'ensemble de l'étude a duré environ six mois.
Une analyse du SI avait déjà été réalisée, elle a permis d'identifier rapidement les principaux éléments essentiels et entités réduisant fortement la durée de cette phase. L'étude du contexte a été complétée avec le groupe de travail, l'équipe informatique et en utilisant les documents institutionnels. Les points suivants illustrent notre pratique.
Nous avons constaté lors de cette étude, puis par la suite sur d'autres périmètres, que plusieurs itérations étaient nécessaires pour :
(re)définir la maille des éléments essentiels et des entités (agrégation et ajout/détail). En moyenne trois itérations sont nécessaires : la première passe tend souvent vers trop de détail, la deuxième amène des regroupements pour diminuer la complexité (on s'aperçoit alors que l'on perd des vulnérabilités ou de la visibilité des risques), enfin une dernière itération amène à des niveaux d'agrégation hétérogènes. Par exemple, pour les éléments essentiels, ressortir de la fonction pédagogique générique, une fonction pédagogique spécifique qui concerne une année d'étude pour laquelle il est plus difficile de reporter les enseignements, ou encore dupliquer des données pour des périodes amenant des besoins de sécurités différents : période d'examens/concours. Pour les entités il en est de même : par exemple, le parc des postes de travail peut être considéré comme une seule entité mais on risque alors de masquer des postes ayant des vulnérabilité spécifiques (mobiles) ou supportant des fonctions spécifiques : pilotage de processus critiques (diffusion de cours en temps réel, gestion d'un contrôle d'accès, collecte d'informations, ...)
affiner le système cible (périmètre) , le contour initial est ajusté selon les usages du SI et les besoins de sécurité identifiés, on pourra par exemple choisir d'intégrer les accès distants dans les entités, ou pour les éléments essentiels, intégrer des fonctions d'échange et de prestation avec des client/fournisseurs
rendre « compréhensibles » les exigences (plan d’action, règles de conduite) : en effet, pour être appliquées, les mesures doivent être cohérentes avec le contexte d'exécution et assimilées par les acteurs du SI.
Le logiciel libre EBIOS (proposé par l'ANSSI), utilisé par l'équipe projet SSI, a permis un guidage pas à pas appréciable dans les étapes de cette première analyse même s'il est contraignant pour les modifications. Il amène aussi des productions automatiques pour croiser un nombre important d'éléments essentiels et d'entités et enfin il a permis de produire automatiquement une hiérarchie des risques et une liste d'objectifs et mesures s'appuyant sur des référentiels peu maîtrisés au démarrage du projet.
La hiérarchie des risques obtenue nous permet de prioriser nos actions SSI et de les argumenter d'un point de vue budgétaire. A chaque nouveau projet (ajout ou suppression de composants) nous pouvons aussi analyser leurs impacts sur cette hiérarchie. Cette hiérarchie des risques facilite aussi la communication tant vers la direction que vers les usagers et exploitants. Elle met en évidence la sensibilisation à réaliser sur les comportements à risque. Même si les risques étaient pour la plupart connus, leur classement et leur « preuve » par l'impact amènent une meilleure justification pour les actions de réduction de ces risques et une mise en évidence de la prise de risque (acceptation) et des responsabilités associées.
La production automatique des objectifs et des exigences de sécurité, avec le logiciel, est difficilement exploitable directement mais elle permet d'avoir une base référencée pour constituer les plans d'action et règles de sécurités. Nous avons sélectionné et réécrit certaines mesures pour les rendre applicables.
Mises à jour : l’analyse de risques d’UFR en est à sa troisième itération dans l’objectif de mise à jour pour prendre en compte les changements de l’environnement et des composants du SI. Les impacts sont alors appréciés et la hiérarchie des risques est revue. Cette mise à jour avec le logiciel, permet surtout de s'interroger sur les dépendances des composants et sur la pertinence de nouveaux scénarios de menaces. Elle conduit notamment à valider l'application des mesures identifiées sur les nouvelles entités avec l'intégration de PRA (Plan de Reprise d'Activité) pour un nouveau service et ses supports : serveur, application, opérateur,...
Ce projet nous a amené à élargir notre prospective de conseil à divers acteurs SSI pour échanger et partager les approches et expériences : Service du HFDS10, Pôle académique national de compétence SSI, CRU11, acteurs SSI de la région PACA du CNRS, ANSSI, Club EBIOS, autres Universités Aix-Marseille, Grenoble Universités et l'Université Pierre et Marie Curie). Un groupe de travail national a été initié au sein du CRU (GT-PSS[2]) pour capitaliser les expériences universitaires.
Cette deuxième étude s'est déroulée en parallèle à l'assimilation des normes [ISO 27000] au sein de l'équipe projet et à l'évolution d'EBIOS vers EBIOS 27005 (suivie dans le cadre du club EBIOS). Nous avons choisi viser le plus possible la cohérence [ISO 27005] ainsi qu'une organisation et un contenu de la PSSI respectant l'[ISO 27002].
Pourquoi ? La première analyse EBIOS de l’UFR de Médecine a mis en évidence le besoin d’une politique SSI. Ce besoin était synchrone avec la volonté du CRI (devenu depuis la DOSI : Direction Opérationnelle du Système d'Information) de l'Université de mieux appuyer le positionnement de la sécurité dans le SI. Un projet de politique SSI a ainsi démarré fin 2007 au niveau de l’établissement dans le cadre du plan quadriennal.
Pour quelle production ? Les objectifs étaient de produire une politique SSI, une proposition d’organisation et un plan d’action pour la mettre en œuvre.
Comment ? Un chef de projet (ayant mené l'étude sur une UFR) a été nommé, une équipe projet pluridsciplinaire a été constituée, pour être représentative des métiers de l'établissement et des acteurs de la SSI (douze personnes), une vingtaine d'experts métiers ont été choisis pour exprimer les besoins en sécurité (des responsables des directions centrales et d'UFR, les Vices-présidents). Pour le comité de pilotage, le choix a été fait de s'appuyer sur l'organisation existante : le COSI (Comité d'Orientation du Système d'Information). Nous avons proposé un planning et un budget intégrant une prestation de conseil pour validation et compléments en fin d'étude. L'équipe projet a été formée à la méthode EBIOS par le chef de projet , l'étude du contexte et des besoins ont été réalisés avec l'ensemble de l'équipe. La suite de l'étude a été réalisées par une équipe réduite (6 à 8 personnes).
Cette étude a suivi la démarche PSSI[3] proposée par l'ANSSI, elle a démarré avec la méthode EBIOS v2 en l'adaptant à notre stratégie de cohérence avec les normes [ISO 27000] et en intégrant des évolutions vers EBIOS 27005. Nous présentons ici les compléments et adaptations apportés à chaque étape de la méthode.
L'étude du contexte
Cartographie : afin d'identifier nos entités nous avons réalisé une cartographie applicative/métier et technique . Après un découpage générique des métiers en domaines fonctionnels, l'interview des experts MOE (membres du CRI) nous a permis d'identifier les applications utilisées par les métiers et d'y associer les moyens techniques et humains leurs permettant de fonctionner. Nous avons aussi recensé tous les composants indirectement utilisés (souvent par tous les métiers) comme les réseaux, les systèmes d'authentification, de contrôle d'accès …
Etat des lieux par rapport à l'[ISO 27002] : nous avons réalisé un audit interne pour situer nos pratiques SSI et identifier des axes de progrès potentiels. Un guide d'audit à été mis à disposition dans le cadre du CRU (GT-PSSI).
Identifier le périmètre de la PSSI : notre contexte universitaire nous amène a une complexité de périmètre SSI importante car nous couvrons des domaines divers et des usagers/clients distincts. Nous avons mené une analyse en collaboration avec les acteurs du SI qui nous a permis de situer la PSSI à la croisée de :
quatre périmètres de SI : établissement (le SI centralisé avec ses prolongements vers les usagers), UFR et/ou campus (le SI local), unités de recherche avec tutelle(s) autre(s) que l'université et autres « hébergés » (les autres « hébergés » pouvant être : des start-up, des sociétés de maintenance sur site, des associations, … pour lesquelles il existe, en principe, des conventions ou contrats) ,
et quatre domaines d'activité : enseignement, recherche, gestion et activités spécifiques aux autres « hébergés ».
Définir la forme de la PSSI : face à cette forte imbrication amenant d'éventuels recouvrements, nous avons mené un sous-projet d'étude de la forme de la PSSI pour qu'elle soit applicable et appliquée. Ainsi, au delà de la forme standard proposée par la méthode EBIOS et le guide PSSI de l'ANSSI, nous avons identifié quatre formes possibles avec leurs modes d'instanciation qui nous permettrons d'évaluer autant de scénarios pour le choix final. Le modèle le plus complet proposerait : deux documents pour l'établissement (une déclaration d'intention et une politique générale de sécurité), un document de PSSI générique pour les UFR/Campus spécialisables, et enfin des PSSI complémentaires « négociées » avec les tutelles, les unités et les autres « hébergés ».
Définir le périmètre de l'étude : nous avons fait le choix d'une étude exhaustive dans le périmètre du SI centralisé et d'une étude sur des composants génériques construits à partir d'échantillons pour la recherche et l'enseignement en s'appuyant notamment sur le premier projet d'UFR.
Les autres éléments du contexte ont été assez simples à collecter avec les documents institutionnels et ils sont bien décrits dans la méthode EBIOS.
L'étude des besoins (événements redoutés/EBIOS 27005)
La méthode EBIOS ne fournissait pas d'outil permettant de déléguer cette phase. Un guide de recueil à été réalisé pour communiquer avec les experts métiers et rendre reproductible la démarche, en maîtriser sa diffusion et sa durée (deux heures en moyenne par interview sur vingt interviews réalisées). Il comporte trois parties représentant les trois temps de l'interview d'un expert métier : explication du projet, la présentation de la démarche en situant EBIOS et les critères et métriques définies d'expression des besoins et enfin la partie d'identification des données et fonctions et de recueil avec des fiches types par élément essentiel. Ce guide a été mis à disposition dans le cadre du CRU (GT-PSSI). En parallèle à l'évolution vers la méthode EBIOS 27005 les événement redoutés ont été recueillis pour certaines interviews. Cette étape a été importante pour la sensibilisation des acteurs et des responsables du SI (experts métiers). Elle contribue fortement à la maturité SSI de l'établissement.
L'étude des menaces (scénarios de menaces/EBIOS 27005)
Le processus de rédaction des menaces est bien décrit dans la méthode EBIOS, la principale difficulté est de trouver la bonne « maille » pour les entités (biens supports). Suite à la cartographie réalisée, nous avons réorganisé nos entités en macro entités regroupant des moyens matériels, logiciels et les locaux par périmètre géographiques (de type « salles machines »), les autres types d'entité et notamment les ressources humaines d'exploitation, sont prises en compte de manière transversale sur toutes ces macro-entités. Nous avons essayé d'intégrer l'approche par scénario de menaces d' EBIOS 27005 en évaluant globalement ces scénarios en terme de vraisemblance et d'impact Nous avons ensuite évalué, de manière détaillée, les scénarios de menaces en terme de vraisemblance d'exploitation des vulnérabilités sur les macro-entités afin de vérifier la vraisemblance globale et le périmètre d'application des mesures existantes. L'évaluation globale accélère cette étape pour un objectif de production de PSSI.
L'étude des Objectifs de sécurité (risques/EBIOS 27005)
En fait, comme le prévoit EBIOS 27005 il s'agit ici d'étudier les risques pour identifier les objectifs. La difficulté a été de rapprocher les scénarios de menaces aux besoins. Compte tenu de la combinatoire importante et du choix de ne pas utiliser le logiciel car il n'intégrait pas les bases de connaissances [ISO 27002], nous avons opté pour une stratégie visant à identifier les risques à traiter à partir des scénarios de menaces et de la tendance des besoins en Disponibilité, Intégrité et Confidentialité (DIC). Nous pourrions associer ces besoins à des macro-événements redoutés (par exemple : inaccessibilité de l'environnement numérique de travail, altération du site web institutionnel, recours en justice pour un concours,...). Nous avons aujourd'hui réalisé une première itération de cette évaluation qui nous a permis de préparer l'étude des mesures.
L'étude des exigences de sécurité (mesures/EBIOS 27005)
Nous avons identifié trois ensembles de mesures de sécurité en attendant la formalisation de la PSSI synchronisée avec le projet National de PSSI Générique (dans lequel nous sommes inscrits parmi les établissements pilotes) : des mesures pour alimenter la PSSI, des mesures pour préparer son application et enfin, des mesures pour commencer à agir sur la réduction des risques. Les 2 derniers ensembles sont en cours de déclinaison en plan d'action. La sélection de ces mesures et leurs priorités sont issues d'une approche qualitative par l'évaluation des scénarios de menaces (niveau de vraisemblance et niveau d'impact) et d'une approche quantitative liée au nombre de menaces que les mesures permettent de réduire. Ces mesures sont choisies principalement parmi celle de l'[ISO 27002].
Suite à l'analyse de risques au niveau UFR, un prolongement naturel nous a amené à consolider notre visibilité de la sécurité du SI pour contrôler l'état et l'évolution de notre SSI. Dès 2007, un projet d’élaboration d’un tableau de bord de la SSI a été démarré en utilisant la méthode[4] d’élaboration de tableaux de bord SSI de l'ANSSI. Nous avons développé un outil (TDB-SSI[5]) pour répondre aux objectifs suivants :
évaluer l’application des mesures de sécurité (liées au plan d'action élaboré suite à l'analyse de risques)
être réactif aux événements SSI (détection, aide au diagnostic et à l'accès des PRA)
améliorer l’exploitabilité (au sens ITIL)
rendre visible la SSI (communiquer vers les équipes informatiques et la direction)
être multi-niveaux (opérationnel, pilotage et stratégique) et gérer plusieurs systèmes d’information
Le Tableau de bord SSI a été alimenté par l'analyse EBIOS (entités, criticité des moyens par rapport aux éléments essentiels supportés). Il est aujourd'hui un des rouages d'amélioration continue de notre SSI car il permet une réaction rapide aux incidents de sécurité (visibilité centralisée, aide au diagnostic, accès direct aux procédures et PRA, ajout d'indicateurs). Il facilite aussi une anticipation des dysfonctionnements par :une vision des tendances, une mise au point simple d'alarmes et l'intégration de données non techniques.
L'analyse de risques et l’outil TDB-SSI, nous ont conduits à prendre du recul sur l’organisation de nos services et sur la gestion de nos moyens, un nombre important de mesures de sécurité porte sur cette organisation (polyvalence des ressources, procédures, traitement et suivi des incidents de sécurité, revues associées). Un projet de service basé sur ITIL a ainsi été initialisé en 2008 au niveau UFR et se poursuit actuellement. Les processus supports de gestion des incidents et des problèmes, de gestion des changements, de mise en production et de gestion des configurations sont progressivement mis en place. Le « moteur » opérationnel de notre amélioration continue est notre revue d'incident hebdomadaire qui permet d'intégrer la revue des incidents de sécurité et l'escalade en problème pouvant entrainer un changement et une mise en production de composants du SI. L'objectif SSI dans ces processus est de se poser toutes les questions pertinentes sur les impacts DIC associés (interruption de service, information préalable, cohérence avec les besoins SSI métiers, niveau de décision d'un changement, intégration dans un PRA validé, retour arrière possible/validé, cohérence de procédure d'anonymat,...).
D'un point de vue fourniture des services, tout nouveau service peut intégrer un parcours balisé d'étude de niveau de service prenant en compte la SSI (besoin de disponibilité, archivage, sauvegarde, contraintes légales, …). Les processus de gestion des niveaux de service et de gestion financière sont aussi en cours de déploiement; ils sont en liaison directe avec les besoins de sécurité des métiers et avec la valorisation des biens.
Durant nos projets, nous avons tenté de prendre en compte l’arrivée et la maturité des normes [ISO 27000]. Ceci nous amène aujourd’hui à ajuster l’usage de la méthode EBIOS pour être cohérent avec le cadre de gestion des risques définis dans l'[ISO 27005] et avec les mesures de l'[ISO 27002]. Notre objectif initial d’organisation pour la PSSI évolue à présent vers une nécessaire mise en place d’un SMSI en cohérence avec l’[ISO 27001]. Les échanges avec l'ANSSI et la participation au club EBIOS nous permettent de préparer les impacts de ces évolutions sur notre gestion de risques et sur l'usage d'EBIOS 27005. Les métiers de nos établissements évoluent en termes d'exigences de niveaux de services et une augmentation en besoins de sécurités en découle. Leur prise en compte doit être de plus en plus proche des études de nouveaux services et nos organisations doivent évoluer pour coordonner les différents acteurs SSI (FSD12, CIL13, RSSI14, CSSI15, équipe projets, …), pour mettre à jour les analyses de risques, gérer les revues SSI et les documentations associées, animer la chaîne fonctionnelle de la SSI interne et coordonner les échanges avec les chaînes SSI des « hébergés » et des partenaires. Le « management » de la SSI est aussi nécessaire pour argumenter puis piloter les changements améliorant nos niveaux de sécurité et de maturité SSI : dans les décisions de gouvernance, les projets, les marchés, ...
Le contexte normatif de la SSI s'est fortement précisé au cours de ces deux dernières années offrant aujourd'hui un cadre prenant en compte l'évolution des besoins et des pratiques. La méthode EBIOS permet de suivre ces évolutions en proposant une boîte à outils à adapter à nos contextes Universitaires. Les deux projets menés avec cette méthode sur deux échelles différentes nous ont permis de constater l'apport d'un guide méthodologique et l'intérêt d'un outil logiciel pour un premier projet avec une production « automatique » même si elle est à reprendre. Le projet PSSI nous a permis de constater le besoin de temps pour sensibiliser les acteurs à la SSI afin d'élever le niveau de maturité d'un établissement (par la formation à l'analyse de risques et à la culture de processus qualité amenant des « réflexes » de SSI). La charge en gestion documentaire est aussi un élément qui à un poids important dans le planning de ce type de projet de même que le complément d'outils pour les analyses et les recueils d'informations. La cible visée de la norme [ISO 27001] devrait permettre de capitaliser cet investissement pour une gestion de la SSI s'appuyant sur les compétences internes complétées de prestations externes indispensables en terme d'audit. Enfin, nous avons pu constater que l'expertise SSI s'acquiert à partir de plusieurs projets et du partage d'angles de vue différents. Le partage d'expériences au niveau national initié par le CRU au sein du groupe de travail PSSI est un point de départ capital qui pourrait se prolonger par le partage d'expertises notamment pour le besoin d'audits réguliers dans le cadre des SMSI d'établissement.
Les guides EBIOS : http://www.ssi.gouv.fr/site_article45.html
Groupe de travail PSSI du CRU : http://www.cru.fr/activites/groupes_travail/index
Guide PSSI de l'ANSSI : http://www.ssi.gouv.fr/site_article46.html
Méthode d'élaboration de tableaux de bord SSI de l'ANSSI : http://www.ssi.gouv.fr/site_article47.html
TDB-SSI : Projet lauréat au concours DEVA, http://www.projet-plume.org/deva/logiciels_selectionnes_mai2008
1SSI : Sécurité du Système d'Information
2EBIOS : Expression des Besoins et Identification des Objectifs de Sécurité, EBIOS est une marque déposée par le SGDN
3ISO : organisation internationale de normalisation
4ISO 27000 : série de normes dédiées à la sécurité de l'information
5PSSI : Politique de Sécurité du Système d'Information
6ITIL : Information Technologiy Infrastructure Library ; Organisation des meilleures pratiques pour une direction informatique
7PDCA : Plan Do Check Act; méthode qualité décrivant le cycle des étapes pour une amélioration continue des processus
8UFR : Unité de Formation et de Recherche
9Un bien essentiel est une fonction (par exemple : réaliser un cours) ou une donnée (par exemple : résultats d'examens) permettant de décrire le processus métier indépendamment de tout bien support. Les biens supports représentent quant à eux les composants (techniques, humains, organisationnels, ...) permettant de « réaliser » les processus.
10Haut Fonctionnaire de Défense et de Sécurité
11CRU : Comité Réseau des Universités
12FSD : Fonctionnaire Sécurité Défense
13CIL : Correspondant Informatique et Liberté
14RSSI : Responsable de la Sécurité des Systèmes d'Information
15CSSI : Correspondant Sécurité du Système d'Information